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Néde père inconnu, Marcel Lucien Edouard Ducros est né le 21 septembre 1888 à Toulouse en France il porte le nom de sa mère Camille Julie Ducros. Sa mère une parisienne se marie le 23 mai 1891 avec Jules Étienne Barou et légitime le petit Marcel Lucien qui s'appelle dorénavant Barou. Ses parents sont commerçants, une voie toute tracée pour le gamin de reprendre le
Lettreouverte à Sacha Guitry. Livres & BD. Propos recueillis par Isabelle Blandiaux Publié le 12-04-02 à 07h00 L'acteur et écrivain Jean Piat brosse une antibiographie de l'homme de théâtre BRUXELLES Je vous aime bien, monsieur Guitry! En guise de titre, une déclaration qui émane de la bouche d'un acteur hors pair, Jean Piat. A 77 ans, il livre non pas un ennuyeux
Toutebiographie de Sacha Guitry (cette page n’en est pas une) commence par Lucien, son père. La première fois que le nom Guitry est écrit dans le Journal littéraire de Paul Léautaud est à propos de la mort de Marcel Schwob. Nous sommes le 27 février 1905. Paul Léautaud se rend chez Marcel Schwob, onze rue Saint-Louis-en-L’Île.
Vousne viendrez pas au monde à Paris, c’eût été manquer à la tradition romanesque de la famille et à la règle selon laquelle les destins cocasses se méritent, et sont le privilège de qui saura le mieux les raconter, mais vous naissez à Hong-Kong, où votre père, un peu vêtu comme vous ce soir, comme Paul Claudel et le père de Lucien Bodard, faisait métier de consul, non
Lapremière chronique écrite par Paul Léautaud, sous le pseudo de Maurice Boissard, dans la NRF, fut un éloge de Guitry. Sacha. C'était dans les années 20.
Rencontre Fortuite Sur Une Table De Dissection. Text Notes References About the author Full text Tu as consacré toute ta vie à ton métier,T’y donnant tout fus un modèle exemplaire,N’ayant jamais connu qu’un maître le Public,Et n’ayant eu qu’un but lui à Pierrot le Sublime, in Deburau, Sacha Guitry 1Après s’être plu à dramatiser les biographies de personnages historiques, Sacha Guitry met en scène la monographie de certaines professions il débute par celle de l’acteur avec Deburau 1918 et Le Comédien 1921. Deux pièces, deux mises en abîme où Guitry s’attache à porter à la scène les coulisses du théâtre 1 Benjamin Crémieux, Comœdia, mars 1938 ; article découpé par Sacha Guitry et annoté ... 1924 est l’année des Six personnages en quête d’auteur et, sauf erreur, 1925 est celle de la Comédie du bonheur d’Evreinov. Si Sacha Guitry néglige la mode, il n’en baigne pas moins, et c’est à sa louange, dans l’air du temps1. 2 Propos de Sacha Guitry rapportés par Lucien Dubech, Le Matin, 22 janvier 1921. 3 Sacha Guitry, Deburau, in Théâtre et théâtre je t’adore, Paris, Omnibus, 2005, acte I, p. 6 ... 2Par la traversée des apparences et le redoublement de l’illusion, s’élabore une vision d’un métier magnifique et terrible »2, fait de bonheurs autant que de sacrifices. Dans la première de ces pièces, Jean-Gaspard Deburau, acteur pantomime sans passion, sans parole et presque sans visage, qui dit tout, exprime tout, se moque de tout »3 renonce à ses amours en même temps qu’à la scène en faisant un adieu pathétique à son public, une fois la vieillesse venue ; dans la seconde, le Comédien sacrifie pour le théâtre une passion amoureuse, la femme aimée n’étant pas à la hauteur de son rôle. Dans les deux cas, l’art semble un sacerdoce mais aussi un métier dont il conviendrait d’exposer la réalité aux spectateurs. C’est d’ailleurs en ces termes que Roland Dorgelès salue la première du Comédien dans La Lanterne 4 Roland Dorgelès, La Lanterne, 22 janvier 1921. Vous ne savez pas, en somme, ce que c’est que la vie d’un homme de théâtre ; vous connaissez le cœur des personnages qu’il a joués, mais pas le sien ; vous croyez connaître sa vie privée quand on ne vous a livré que sa légende ; et vous ignorez aussi ce que représente de patients efforts, de travail obstiné, d’intrigues, la mise en scène d’une pièce. Eh bien, allez au Comédien, vous saurez tout cela4. 3Le temps ayant fait son œuvre, nous connaissons désormais le sort de ces pièces qui furent le prétexte de nombreuses reprises. Deburau fut la pièce fétiche de Sacha Guitry elle fut l’occasion de la réconciliation avec son père après une brouille de treize ans, et c’est sous les traits de Deburau que Guitry fit ses adieux à la scène le 13 décembre 1953, à Bruxelles. Dès 1918, Sacha Guitry avait donc imaginé la pièce des adieux, toute son œuvre semblant le conduire à un destin préalablement fixé par l’écriture l’art conditionnerait l’existence même en la devançant. Parcours similaire pour Le Comédien, pièce créée en 1921 au théâtre Édouard VII avec Lucien Guitry dans le rôle titre, et reprise au théâtre de la Madeleine en 1938 par Sacha Guitry, l’âge imposant naturellement d’incarner, après son père, le rôle d’un artiste sur le retour. Reprises qui, tels des cycles, laissent vivre l’œuvre en transformant son sens, les époques et les interprètes ayant forcément changé. De ce tremblement, découle la séduction 5 Benjamin Crémieux, Comœdia. Lucien Guitry avait créé le rôle du Comédien. Sacha Guitry le reprend aujourd’hui et s’y impose avec autant d’autorité que son père ; l’avouerai-je ? J’y préfère Sacha à Lucien. Sacha entre sans réserve dans le personnage ; son père y montrait je ne sais quel détachement un peu supérieur, un je ne sais quoi qui semblait dire Je condescends ». À la dernière scène seulement, l’intensité de ses silences exprimait la douleur et la lutte intérieure du vieil amant sacrifiant son jeune amour à son art éternel avec une force communicative qui n’est ni dans les moyens ni dans les goûts de Sacha5. Projet de buste de Lucien Guitry, par Sacha Guitry 4Ces reprises déclenchent également des modifications d’importance, comme le signale Sacha Guitry 6 Sacha Guitry, document dactylographié enregistré par Radio-Luxembourg le samedi 16 févrie ... À sa création, Le Comédien était une comédie en quatre actes. La pièce est, aujourd’hui, précédée d’un prologue. Ce prologue est le dernier acte d’une comédie en trois actes – d’une fausse comédie, si j’ose ainsi dire. Il existait, ce prologue, mais j’avais préféré le supprimer à la représentation, car il semblait être la parodie, le pastiche d’un écrivain dramatique qui vivait encore en 1921. Cet écrivain n’est plus – et la crainte que je pouvais avoir de le désobliger jadis n’ayant plus sa raison d’être à présent, nous jouerons pour la première fois ce prologue, jeudi. […] Pourtant, un mot encore que les personnes qui, à la création, ont vu mon père dans le rôle que je vais jouer me fassent la grâce de rester sur leur impression6. 7 Le comédien et son musée », Comœdia, janvier 1921. Cf. infra, Le musée du coméd ... 5Quelles fonctions accorder à ces reprises et variantes ? Inscrivant le théâtre – art de l’éphémère – dans un continuum temporel, elles en appellent à la mémoire pour combattre l’oubli Sacha Guitry invite le spectateur à la nostalgie en lui proposant de visiter le musée dédié aux comédiens pendant les entractes de la représentation, la robe de Sarah Bernhardt dans Phèdre, la couronne de Talma dans Néron, la collection de cannes de Lucien Guitry dans ses principaux rôles étant quelques-unes des meilleures attractions7. D’où la réaction de Lucien Dubech dans Le Matin 8 Lucien Dubech, Le Matin, 1921, BnF, Fonds Guitry. La gloire des acteurs est éclatante mais elle est viagère. Quand nous voyons ces vieux acteurs se cramponner à leurs rôles et à leur culture moyenne sur les grands comédiens du passé, c’est à peine si quelques noms surnagent d’une mer aussi indifférente que le Léthé pour toute l’Antiquité Roscius, puis plus rien jusqu’aux acteurs qui eurent la chance de rencontrer Racine ou Molière […] Plus près de nous, en un siècle, trois ou quatre noms Lekain, Clairon, Lecouvreur, Favart […]. Au XIXe siècle, Talma, Rachel, Mars Lemaître, encore un ou deux, mais qui sait ce qu’ont été les comédiens illustres de la génération précédente ? […] Lucien Guitry peut bien représenter à notre époque le Comédien, comme Talma fut à la sienne le Tragédien8. 9 Le Comédien, film de 1948 ; Deburau, film de 1951. 10 Fragments notamment tirés de Si j’ai bonne mémoire », Mon Portrait », Portraits et an ... 6Notons enfin les adaptations cinématographiques des deux œuvres9, la mise en scène engendrant sa propre relativité en entrant dans un jeu de traductions en boucle. Dès les premières images du Comédien, on est frappé d’entendre des fragments tirés des notes et souvenirs de Sacha Guitry10 à la place du prologue – pastiche d’un mélodrame – prévu pour le théâtre. Au lieu de cette critique d’un théâtre de convention sensible pour les seuls amateurs de théâtre, l’action décline le portrait du père apparaissant dans ses rôles les plus célèbres, l’évocation construisant, sous des dehors légers et séduisants, une petite théorie de l’art de l’acteur 11 Sacha Guitry, Théâtre…, t. II, p. 27-28. Le métier de comédien est-il un métier comme un autre ? Les comédiens sont-ils des hommes comme les autres ? Eh bien, tout compte fait, non11. 12 Sacha Guitry, Le Comédien, acte III, p. 950. 13 C’est le cas de Lucien Guitry dans Le Comédien. 14 C’est le cas de Deburau. 7La première différence tient au fait que si les autres prennent des métiers, c’est le métier qui prend le comédien »12. La biographie de l’acteur témoigne ensuite de sa prédestination élève médiocre13 ou honte de la troupe » d’un cirque ambulant14, l’enfant montre en revanche un intérêt passionné pour la lecture ou la communication silencieuse, le travers initial se muant avec le temps en qualité incontestable. Vient ensuite le moment de la reconnaissance, la prédisposition étant révélée par un maître ou par le public, l’essentiel étant de se frotter à la scène sans refuser d’emprunter des chemins de traverse le Comédien décline une offre de la Comédie-Française et part neuf ans pour la Russie où il fait applaudir le théâtre français ; le chagrin d’enfance de Deburau se transforme en gestuelle expressive. Dans les deux cas, le refus de tout académisme renforce le talent artistique. Le comédien est d’abord un rebelle aux ordres de la famille et de la société, car il s’agit d’une vocation plus que d’un apprentissage 15 Sacha Guitry, Le Métier de comédien », in Théâtre…, p. 27-28. C’est un métier pour lequel il faut être doué ; on ne peut pas devenir un bon comédien à force de travail, d’intelligence et de volonté. On peut jouer la comédie sans aucun don, mais on la joue mal. On fait mal semblant. Or, savoir faire semblant, cela ne s’apprend pas15. 8Si Deburau, répondant ainsi à l’insistance de son fils Charles, consent finalement à lui donner une leçon de pantomime, c’est qu’il croit seulement aux vertus de l’hérédité, le fils remplaçant le père sans effacer son nom. Tous les acteurs du théâtre du Funambule veulent assister à la dernière classe du maître qui délivre les secrets de son art en ces termes il faut avoir le trac pour être artiste, jusqu’au moment de la loge ; puis masquer sa peur face au public. En scène, le comédien doit être léger, simple, charmant, jamais vulgaire, pas trop intelligent, c’est inutile. Il doit se souvenir 16 Sacha Guitry, Deburau , in Théâtre…, acte III, p. 688. que les professeurs sont tous mauvais et, quand on est doué, qu’ils sont des criminels, car ils n’enseigneront jamais, hélas ! que leurs défauts. Tous les gestes sont bons quand ils sont naturels, ceux qu’on apprend sont toujours faux16. Dans Le Métier de comédien, Sacha Guitry rajoute 17 Sacha Guitry, Le Métier de comédien », in Théâtre… Le comédien est un homme dont la fonction naturelle est d’être un autre homme pendant quatre heures, tous les jours. Jouer la comédie, c’est mentir avec l’intention de tromper, c’est créer l’illusion d’une quantité, d’une infinité de sentiments divers qu’on n’éprouve pas et qu’il convient pourtant de faire partager17. 9Dans ces textes, Sacha Guitry se réfère directement aux théories de Diderot, les techniques de jeu visant à exercer un effet sur la perception du spectateur sans identification de la part de l’acteur ni avec le caractère du personnage ni avec la logique du comportement lié à son rôle. C’est donc au spectateur qu’il revient de vivre l’action, l’acteur lui imposant, par sa technique, une relation d’identification. Car le public est l’ultime visée de l’acteur authentique qui doit se sacrifier à son attente pour lui procurer du plaisir, dût-il lui-même en souffrir. Tel est, en effet, le sens des paroles de Deburau lors de sa dernière classe 18 Sacha Guitry, Deburau, acte IV, p. 693. Adore ton métier, c’est le plus beau du monde ![…] Fais rire le public, dissipe son ennui,Et, s’il te méprise et t’oublieSitôt qu’il a passé la porte,Va, laisse-le, ça ne fait rien,On se souvientToujours si mal de ceux qui vous ont fait du bien18 ! 10C’est au docteur qu’il revient finalement de faire le panégyrique du métier, l’un reconnaissant à l’autre sa capacité à soigner le public 19 Ibid., acte III, p. 678-679. Le docteur Et je respecte volontiersCeux-là qui font métierDe distraire les autresEt de les amuser. […] Celui qui fait sourire est un grand bienfaiteur !Il peut ce que jamais n’a pu faire un a sur nous un avantageIl peut, sans le vouloir, sans être intelligent,Il peut rendre le goût de la vie à des gens19 ! 11De la même façon, le Comédien s’interroge sur le public qui donne sens à son métier. S’il a l’occasion de parler à douze cents personnes tous les soirs, comment lui rendre service » ? Faudrait-il, à l’instar des naturalistes, lui dépeindre les misères de la vie ? 20 Sacha Guitry, Le Comédien, in Théâtre…, acte I, p. 910-911. Le comédien Pas du tout, justement. […] Il ne suffit pas de montrer ce qui est laid, il faut aussi montrer ce qui est Beau ! Le Bonheur, l’Amour, la Gloire, la Santé, la Peinture… tout ce qui est beau et tout ce qui est accessible. […] Savez-vous ce qu’est le public ? […] C’est notre pays20. 12Le rôle de l’acteur n’est donc qu’un outil, sa fonction véritable étant d’instaurer un dialogue avec le public c’est ainsi qu’il doit contribuer, par-delà les masques de son personnage, à l’édification esthétique et morale des spectateurs. De la sorte, les comédies se font actes de foi. Si Guitry ne renonce à aucune des observations comiques que le thème lui offre – le directeur et l’argent, le comédien et sa vanité, la jalousie de ses partenaires –, le sujet même de ses pièces est l’analyse des raisons profondes qui font qu’un comédien est un comédien, mais aussi de ce qu’il pourrait être si l’on admettait sa mission sociale. Son amour, dirait Guitry. * * * 13Le comédien est avant tout un analyste de l’amour. Mais il existe deux sortes d’amour l’amour apparent et somme toute superficiel, celui du Comédien pour Jacqueline Maillard par exemple, jeune femme qui se trompe en croyant aimer celui qu’elle admire sur les planches du théâtre, ou de Deburau pour Marie Duplessis, la Dame au Camélia. Et l’amour véritable, inextinguible parce que désincarné et idéel celui de l’acteur pour le public. Dans les deux pièces, Deburau et le Comédien doivent renoncer aux amours trompeuses comme aux rêves narcissiques pour devenir personne, c’est-à -dire tout le monde. S’il est alors impossible de faire la part du rôle et de l’artiste, Sacha Guitry s’abîmant dans les ombres fantomatiques de Deburau ou du Comédien, c’est que le théâtre est sa vie comme sa vie est son théâtre. À ce prix seulement, le mensonge que suppose tout rôle sera parachevé car mené à ce point extrême où l’acteur s’annule pour faire vivre un autre en lui-même, pour l’amour du public. * * * 14Sacha Guitry a sans doute eu l’intuition de l’esthétique contemporaine de l’autofiction le premier, il renonce à la notion d’emploi alors en vigueur dans le théâtre de boulevard, à ces 21 Classification de Maurice Rostand pour auditions possibles, in Comœdia, 22 janvier 1921, Bn ... grands premiers comiques, grands premiers rôles, jeunes premiers et premiers rôles, amoureux et amoureuses, confidents et manteaux, raisonneurs ou duettistes21 qui occupent les scènes françaises de l’époque, pour imposer sa seule présence 22 Sacha Guitry, Le Comédien, in Théâtre…, acte II, p. 933. Le comédien Savez-vous ce qu’est un artiste ? Un artiste, c’est un comédien qui n’a pas d’emploi défini. […] Un artiste n’a pas d’âge… il joue les vieillards quand il est jeune et les éphèbes quand il est trop vieux pour jouer les hommes mûrs22. 15Si le métier de comédien est, selon les dires de Guitry, magnifique et terrible », c’est qu’il abolit définitivement la notion d’intimité. Dès lors, tout ce qui est vécu par le comédien deviendra matériau pour la scène, la vie se recyclant inévitablement dans l’art. Deburau est une part de l’enfance de Guitry, moment initiatique où se joue de façon encore inconsciente le destin du futur homme de théâtre 23 Sacha Guitry, Cinquante ans d’occupations, p. 326-327. C’est à Saint-Pétersbourg, en 1890, que j’ai joué la comédie pour la première fois. Joué n’est pas tout à fait exact. En vérité, j’ai figuré dans une pantomime en un acte que mon père avait faite en collaboration avec un grand comédien russe qui se nommait Davidof. Cette pantomime fut créée au Palais Impérial, devant Alexandre III. Mon père y jouait le rôle de Pierrot. Moi, j’étais Pierrot fils. […] Lorsque, après une interminable séparation de treize années, mon père vint me voir jouer pour la première fois, c’était au Vaudeville, et je jouais Deburau. Vingt-huit ans s’étaient écoulés depuis l’époque de mes débuts à Saint-Pétersbourg – et je puis dire, en somme, qu’il ne m’avait pas vu jouer depuis le jour où cette photographie avait été prise. Vingt-huit années, et il me retrouvait en Pierrot ! Mais, ce jour-là , c’était moi qui jouais le rôle du père23. 16De même, l’intrigue du Comédien est tout entière inspirée d’une lettre de Talma que Guitry conserve comme un document précieux Je possède une lettre de Talma des plus intéressantes. […] L’actrice qui jouait avec lui à Bruxelles ne pouvant pas l’accompagner de ville en ville, le directeur demandait à Talma d’accepter une certaine demoiselle Bellanger, propre à la remplacer dans les principaux rôles féminins de son répertoire. Mlle Bellanger n’avait pas de talent, et Talma le savait. Il aurait pu fort bien ne pas s’en soucier. Il aurait pu fort bien penser Moi seul, et c’est assez », ainsi que trop de grands acteurs le pensent et le disent. Talma n’était point de ceux-là . Il écrivit au directeur 24 Sacha Guitry, Du grand danger de ceux qui remplacent les autres », in Théâtre…, p ... Mon cher Ami,J’accepte volontiers votre proposition, et c’est avec plaisir que j’irai jouer tant à Anvers qu’à Liège et qu’à Namur, ainsi qu’à Charleroi. Mais je vais être irréductible quant au choix que vous avez fait de Mlle Bellanger. C’est une personne ravissante, mais dont le jeu, hélas ! est superficiel. Je vous prie instamment de ne pas me l’imposer pour jouer avec moi, car […] cela me fatiguerait été en effet demander à Talma d’interpréter deux rôles, ce qui n’eût point manqué de le fatiguer24. 25 Antoine, Un grand portrait d’acteur », chronique hebdomadaire de L’Information, 1921. 17Les pilotis de l’œuvre sont restitués au gré de notes fragmentaires concernant les souvenirs de Guitry ; la biographie étant constituée de scènes éminemment théâtrales, l’art sert d’abord à lire sa propre vie ; toute pièce prend alors l’allure d’une confidence personnelle », comme le disait Antoine à propos du Comédien25, la réalité de l’existence menant à l’esquisse du portrait universel de l’acteur. * * * 26 Voir, par exemple, à ce sujet, la critique de Pierre Mille, dans La Renaissance, fé ... 27 Pornographie provisoire », Comœdia, février 1921. 18On a souvent reproché à Guitry de se mettre » dans ses ouvrages26, certains allant jusqu’à parler de pornographie provisoire », le Comédien cédant aux avances d’une jeune étourdie sous le regard bienveillant de son oncle, triste représentant de notre morale finissante, de notre morale passive »27, d’autres saluant cette incorporation inédite de l’homme et de l’œuvre. Il semblerait plutôt que le prétendu narcissisme de Guitry soit un malentendu, l’artiste sacrifiant son ego dans la pratique du théâtre et se travestissant toujours pour s’engloutir et se perdre dans la multiplication des rôles. Si la thématique de la surface et des profondeurs engendre une incessante dialectique dans l’œuvre de Guitry – les coulisses enseignant plus que la scène et les masques plus que la réalité – c’est que l’acteur, forcément rebelle aux règles habituelles du monde, masque sa tristesse d’une mélancolique élégance. Sans rôle et sans amour, l’acteur n’est plus personne telle est la première leçon de Deburau et du Comédien. Mais c’est sans doute que, pour être un grand artiste, il fallait déjà n’être rien. D’où la nostalgie du Comédien après la dernière, sorte de condamnation au vide après l’illusion du masque 28 Sacha Guitry, Le Comédien », in Théâtre…, acte I, p. 908. L’habilleuseVous aimez ça, vous regarder dans la glace, hein ?Le comédienCe n’est pas moi que je regarde… ce sont les autres !L’habilleuseQuels autres ?Le comédienCeux que je joue…L’habilleuseOui, mais comme celui-là , vous ne le jouerez plus…Le comédienJustement, je lui dis Adieu28. 19En conclusion, il semblerait que la traversée des apparences, si souvent symbolisée par des scènes de vanité face au miroir dans l’œuvre de Guitry, soit l’illusion suprême à laquelle le bon acteur aurait renoncé n’étant rien que les autres, sous le masque, il s’adresse à la communauté des hommes en traitant légèrement de sujets sérieux. Avec Lucien Guitry et Yvonne Printemps Top of page Notes 1 Benjamin Crémieux, Comœdia, mars 1938 ; article découpé par Sacha Guitry et annoté par ses soins de la sorte Voilà une critique qui me paraît assez indépendante », archives Guitry, BnF. 2 Propos de Sacha Guitry rapportés par Lucien Dubech, Le Matin, 22 janvier 1921. 3 Sacha Guitry, Deburau, in Théâtre et théâtre je t’adore, Paris, Omnibus, 2005, acte I, p. 612. 4 Roland Dorgelès, La Lanterne, 22 janvier 1921. 5 Benjamin Crémieux, Comœdia. 6 Sacha Guitry, document dactylographié enregistré par Radio-Luxembourg le samedi 16 février 1938, BnF, Fonds Guitry. 7 Le comédien et son musée », Comœdia, janvier 1921. Cf. infra, Le musée du comédien ». 8 Lucien Dubech, Le Matin, 1921, BnF, Fonds Guitry. 9 Le Comédien, film de 1948 ; Deburau, film de 1951. 10 Fragments notamment tirés de Si j’ai bonne mémoire », Mon Portrait », Portraits et anecdotes », dans Cinquante ans d’occupations. 11 Sacha Guitry, Théâtre…, t. II, p. 27-28. 12 Sacha Guitry, Le Comédien, acte III, p. 950. 13 C’est le cas de Lucien Guitry dans Le Comédien. 14 C’est le cas de Deburau. 15 Sacha Guitry, Le Métier de comédien », in Théâtre…, p. 27-28. 16 Sacha Guitry, Deburau , in Théâtre…, acte III, p. 688. 17 Sacha Guitry, Le Métier de comédien », in Théâtre… 18 Sacha Guitry, Deburau, acte IV, p. 693. 19 Ibid., acte III, p. 678-679. 20 Sacha Guitry, Le Comédien, in Théâtre…, acte I, p. 910-911. 21 Classification de Maurice Rostand pour auditions possibles, in Comœdia, 22 janvier 1921, BnF, Fonds Guitry. 22 Sacha Guitry, Le Comédien, in Théâtre…, acte II, p. 933. 23 Sacha Guitry, Cinquante ans d’occupations, p. 326-327. 24 Sacha Guitry, Du grand danger de ceux qui remplacent les autres », in Théâtre…, p. 55-56. 25 Antoine, Un grand portrait d’acteur », chronique hebdomadaire de L’Information, 1921. 26 Voir, par exemple, à ce sujet, la critique de Pierre Mille, dans La Renaissance, février 1921. 27 Pornographie provisoire », Comœdia, février 1921. 28 Sacha Guitry, Le Comédien », in Théâtre…, acte I, p. of page References Bibliographical reference Sophie Lucet, “Portrait de l’artiste en rebelle Le Comédien, Deburau”, Double jeu, 3 2006, 123-134. Electronic reference Sophie Lucet, “Portrait de l’artiste en rebelle Le Comédien, Deburau”, Double jeu [Online], 3 2006, Online since 06 July 2018, connection on 27 August 2022. URL DOI of page About the author Sophie LucetMaître de conférences en Études théatrales à l’université de Caen this author Published in Double jeu, 1 2003 Entretien avec Philippe Caubère Published in Double jeu, 1 2003 Entretien avec Valérie Dréville Published in Double jeu, 1 2003 Quelqu’un va venir, de Jon Fosse Published in Double jeu, 6 2009 Top of page
Curieux de nature, Bertrand est toujours à l’affut du moindre petit scoop. Passionné par le football, il n’est jamais bien loin du ballon rond et de toutes les actualités qui en découlent. Toutefois, l’évènementiel du showbiz ou de la politique fait également partie de ses recherches journalistiques privilégiées. Décédé en 2004 des suites d'un cancer du côlon, Sacha Distel aura souffert dans les dernières années de sa vie. Plus jeune, il avait déjà rencontré des problèmes de santé importants. Laurent et Julien ont accepté d'évoquer ce sujet dans les colonnes du magazine "Ici Paris" en novembre 2021. Sacha Distel est décédé il y a 18 ans jour pour jour d'un cancer du côlon. Le célèbre interprète de "La belle vie", aura connu la gloire en tant que chanteur et guitariste dans les années 60. Il aura également vécu de belles histoires romantiques avec Juliette Gréco, Brigitte Bardot ou encore Jeanne Moreau, avant de trouver l'amour et fonder une famille avec Francine Bréaud, ex-championne de ski. En revanche, sa santé lui aura souvent joué des tours . "Il a eu un cancer de la thyroïde au milieu des années 1970, suivi d'une opération des cordes vocales. Pour un chanteur, c'était dur " révélait son fils Julien en novembre 2021 dans les colonnes d'Ici Paris, venu témoigner des soucis de santé de son père avec son frère Laurent. "Il a eu un mélanome de la peau, dont le pourcentage de guérison n'est que de 2%. Il a fait des chimios, et s'en est sorti. Ensuite, les médecins lui ont diagnostiqué un cancer du côlon, trop tard" rajoute Julien. Cette dernière pathologie aura malheureusement été fatale à l'artiste. "On est optimistes" Ses deux enfants ont également confié au magazine avoir hérité de certains traits de la personnalité de leur papa, visibles dans leur quotidien. "On est optimistes, ça vient aussi de notre mère ! Sacha était très sensible mais savait dire les choses. Moi aussi. Et je veux pouvoir me demander le jour où je vais partir "Est-ce que j'ai eu la belle vie ?" J'ai une vie très agréable, j'ai eu une enfance joyeuse, j'avance, la vie est courte !" ont-il expliqué. Les deux frères n'ont pas eu le même parcours de vie. Laurent a révélé avoir appris la mécanique chez un préparateur de voitures, avant de travailler pour le Paris-Dakar course de rallye, ndlr et dans l'équipe de recherche et développement du programme 905 dont Le Mans. De son côté, Julien, après avoir travaillé dans le sponsoring sportif, s'est lancé dans l'immobilier, et plus précisément dans la location de chalets et d'appartements de luxe. Aucun d'entre eux n'aura donc hérité de la fibre artistique de leur papa... Mais comme le dit si bien le proverbe "Il faut de tout pour faire un monde" ! Abonnez-vous à Purepeople sur facebook
Guitry, aujourd’hui ce nom est associé à Sacha, pourtant, avant même sa naissance, il brilla aux frontons des plus grands théâtres portant Lucien, le père, l'acteur talentueux, au firmament. Lors de son enterrement André Antoine s'avancera devant la fosse, il ne prononcera qu'une phrase Au nom des comédiens français je salue le plus grand de tous les comédiens. » 1 Son métier c'était jouer, dans l'esprit de son fils l'empreinte en fut indélébile. Mêmes visages pleins modelés avec vigueur, le père et le fils se ressemblent jusqu'à la façon de se griser des bons mots, de dédaigner avec superbe leurs détracteurs et d'aimer passionnément le théâtre. Sacha, de son véritable prénom Alexandre – en hommage à son parrain le tsar Alexandre III mais on usera toujours du diminutif – est né un dimanche, un dimanche comme Mélisande2, un dimanche enneigé à Saint-Petersbourg le 21 février 1885. Son père, se penchant sur son berceau, se serait écrié devant son épouse, Renée Delmas de Pont-Jest Pontry -contraction des deux noms – sur scène abasourdie C'est un monstre » ajoutant contrit mais nous l'aimerons bien quand même ! » 3 Lucien Guitry et Sacha à Saint-Petersbourg en 1888 Il fera mieux que de l'aimer quand même il l'adoubera Sacha sera son fils au détriment de Jean son ainé ; il mourra dans un accident d'automobile en 1920 aiguisant la culpabilité de Lucien. Lucien, Sacha et Jean Guitry place Vendôme photo DR Au Palais-Royal, le père de Lucien tenait une boutique de coutellerie dont la prospérité reposait sur une pâte à faire couper les rasoirs. Les soirs où la salle de la Comédie Française était à moitié vide, un factotum distribuait des billets de faveur aux commerçants pour la représentation du soir. Cette scène est merveilleusement racontée dans Le Comédien, film réalisé par Sacha Guitry en 1948 . Louis Guitry conduisait donc régulièrement ses enfants au Français n'hésitant à déguiser ses petits filles en garçonnets afin qu'elles soient admises au parterre alors interdit aux femmes car considéré comme propice aux rencontres tarifées. Lucien confiera que son père tenait en mémoire plus de cinquante comédies, tragédies ou vaudevilles. 4 La bonne, rapportait la tradition familiale, récurait, cirait, astiquait en récitant les imprécations de Camille ! 5 Lucien, élève dissipé et médiocre comme le sera son digne rejeton, délaissait les études au profit d'une salle de lecture où il dévorait les auteurs de théâtre, engloutissant pêle-mêle Molière, Racine les frères Corneille, Rotrou Shakespeare, Euripide ou Eschyle... Il sera dénoncé , Louis Guitry loin d'être offusqué sera aux anges ! Il incitera son fils à aller frapper à la loge de Monrose 6 ; le comédien impressionné par la vivacité et la culture de Lucien âgé de treize ans – il terminait toutes les tirades qu'il lui lançait – l'autorisa à suivre ses cours comme auditeur libre au Conservatoire. Il devra patienter encore deux ans avant d'intégrer sa classe. En 1877, il obtint le second prix de comédie et le second prix de tragédie, Émile Perrin 7le réclama au Français ; légalement il ne pouvait refuser mais il refusa d'obtempérer il entrera à la Comédie-Française en 1902 pour commémorer le centenaire d'Hugo en montant Les Burgraves avec Mounet-Sully, son frère Paul Mounet et madame Segond-Weber puis repartira privilégiant la proposition du Gymnase. Il sera condamné à payer dix mille francs en guise de dédommagement. Désormais sa carrière se lira comme l'inventaire contrasté d'un cabinet de curiosités il jouera Bataille, Dumas fils, Donnay, Courteline, Bernstein, Capus, Zola, Molière, Porto-Riche, Shakespeare créera le rôle de Flambeau dans L'Aiglon de Rostand aux côtés de Sarah Bernhardt - à qui ses enfants apporteront une brassée de roses ou un bouquet de violettes tous les dimanches Nous savions que ce n'était pas une reine, mais nous comprenions bien que c'était une souveraine » 8 – celui de Chantecler laissé vacant par la mort de Coquelin en 1909 en maugréant sous la lourde armature de fer et de plumes ou encore Crainquebille d'Anatole France et Pasteur de l'autre Guitry. Sarah Bernhardt témoignera de la multiplicité de ce comédien- caméléon Il a joué les grands rôles tragiques et dramatiques avec un égal talent à celui de ses interprétations diverses du théâtre moderne … son immense talent se double du charme inimitable de sa voix. » 9 Lucien Guitry dans Chanteclerc Collections Il foulera les scènes des plus grands théâtres parisiens Le Gymnase, Le Vaudeville, La Renaissance - dont il prendra la direction - l'Odéon, Édouard VII, La Porte Saint-Martin appelée également la sublime Porte et passera par la Comédie-Française comme directeur de scène. Lucien Guitry photo DR Collections Il quittait parfois Paris pour partir en tournée à travers le monde de l'Europe à l'Amérique du Sud ou assurer la programmation du Théâtre Michel à Saint Saint-Pétersbourg pendant quelques saisons ; ces séjours lui permettront de se familiariser avec la réflexion de Stanislavski et d'en rapporter quelques bribes fructueuses en France. L'un de ses auteurs de prédilection y verra aussi le jour, son fils ! Un dimanche – encore un dans la vie du jeune Sacha – quelques mois après la séparation de ses parents en 1889, Lucien prétextant passer chez le pâtissier choisir le gâteau dominical – Jean n'est pas convié car lui dit-on il n'a pas été sage – enlevait son cadet et l’entraînait avec lui dans un périple rocambolesque jusqu'en Russie. Aimé et choyé, selon ses propres mots, Sacha arbora les costumes copiés à l'identique sur ceux portés par son père Hamlet à la bouille ronde ou Pierrot empêtré dans ses manches trop amples invité à partager la scène avec Lucien. Lucien et Sacha Guitry photo DR Si les souvenirs de cette époque s'estomperont, ceux liés au théâtres, baignés par la lumière des rampes, resteront vivaces, ils irrigueront toute sa vie. De retour en France, Sacha – comme Jean retrouvé – passera d'institution en institution sans grand succès. Lucien incitait ses fils à voler le cahier de classe et crevait de rire devant des annotations comme Les Guitry arrivent en dansant en cours. » Lecture édifiante qu'ils partageait avec Alphonse Allais, Tristan Bernard, Alfred Capus et Jules Renard – ils s’appelaient fraternellement entre eux Les Mousquetaires – lors de leur déjeuner rituel du jeudi. Si leur mère s’inquiétait pour leur avenir, sa mort prématurée les laissera orphelins à dix-huit et dix-sept ans. Libre d'agir à sa guise Sacha écrivit, - Le Page en 1902 et Yves le fou en 1903 - plaça quelques caricatures et courut l'engagement notamment sous la férule de son père qui ne le ménageait guère il l'obligea à abandonner son nom pour prendre le pseudonyme de Lorcey luiallouant un cachet de 300 francs par mois . Le Page Manuscrit enregistré à l'inspection des théâtres des Beaux-Arts le 21 décembre 1902 Lucien avait également engagé à la Renaissance une jeune comédienne piquante, Charlotte Lysès ; si elle refusait obstinément les avances répétées de son directeur- parfois surnommé Divan le terrible – le coup de foudre fut immédiat entre les deux jeunes gens. Une perruque oubliée dans un fiacre par Sacha, déjà affublé de la toge de Pâris pour la représentation à venir, et l'amende de cent francs infligée par un Lucien rendu plus inflexible par la découverte de la liaison entre Sacha et Charlotte précipitait la rupture entre le père et le fils. Charlotte Lysès, Madame Sacha Guitry photo DR in Fantasio Collections BHVP/ La version du père mène parfois à une certaine père-version des sentiments, le temps était certainement venu pour Guitry, le fils, de s'affranchir de la tutelle prodigue mais trop prégnante d'un père peu enclin à revenir sur ses prérogatives. Quand ils se retrouveront, après treize longues années, le fils sera devenu l'auteur le plus fêté de Paris – Nono, Le KWTZ, Chez les Zoaques, Le Veilleur de nuit, La Prise de Berg-Op-Zoom, La Jalousie, Faisons un rêve - le père sera toujours l'un des plus grands comédiens français. En 1918, Yvonne Printemps avait succédé à Charlotte Lysès dans la vie de Sacha, ils triomphaient dans Deburau au Vaudeville ; Lucien louait une baignoire, Sacha en l’apercevant senti son cœur battre follement et fit un véritable effort pour émettre un son Je me sentais jeune, jeune, bien mieux que jeune, tout enfant. Je ne me revoyais pas tel que j'étais en 1905, le soir où dans sa loge, nous nous étions quittés – non, je me revoyais en Russie, à cinq ans, dans ses bras... » 10 Entre la matinée et la soirée Tristan Bernard lui remettait ce billet écrit par Lucien Ta pièce est un chef-d’œuvre, tu es admirable. Je t'attends demain à déjeuner. Viens seul ou avec elle. » Le lendemain Sacha se présentait à l'heure dite chez son père qui, aussitôt le repas terminé, l'apostrophait Et maintenant tu sais ce qu'il te reste à faire ? » Il lui répondit sans une hésitation Écrire une pièce pour toi. » Ce sera Pasteur 1919. Le mimétisme était tel que la fille du savant le voyant entrer sur scène s'écria Papa ! » a quoi Sacha rétorqua impavide Non papa ! » Lucien Guitry dans Pasteur Caricature de Sacha Guitry L'année suivante, ils joueront Mon père avait raison acte de contrition du fils à l'égard du père… avec Yvonne à La Porte Saint-Martin. Le jeune François Mauriac confiera dans son papier publié par La Revue hebdomadaire qu'il avait eu envie de crier comme le vieillard du parterre le jour où Molière donna Les Précieuses Ridicules Bravo, Sacha Guitry, voilà de la bonne comédie ! » 11 Sacha et Lucien Guitry Mon père avait raison Acte III Théà atre de la Porte Saint-Martin Collections Les collaborations se succéderont comme s'ils souhaitaient rattraper le temps perdu, volonté accrue chez Lucien qui venait de perdre Jean – le fils mal aimé dans toute l'acception du terme dont la mort brisait toute velléité de rapprochement – il ne cessait de répéter à Sacha que la vie n'aurait aucun sens s'il ne l'avait pas retrouvé. 12. En1920, Lucien endossait le petit rôle de Talleyrand dans Béranger 13malgré les scrupules de son auteur de fils jugeant la maigreur du rôle indigne de son père. l’année suivante, Il créa Le Comédien et proclama son admiration pour sonfils dans unelettre publiée par Le Gaulois le jour de l'anniversaire de Sacha Ainsi le petit bonhomme blond or filé que Maupassant et moi portions endormi dans nos bras à tour de rôle sur la route qui mène à Etretat, c'est celui qui a écrit cette énorme histoire, ce drame déchirant et comique Pasteur ; c'est celui dont, le fameux soir de la répétition générale, je n'ai pas pu dire le nom aux gens,bouleversé et c'est cet enfant que je leur ai montré avec une si fière ! Ai-je entendu ce mot proféré par des bouches et des voix amies Vous avez été fier de lui ! Ah quel petit mot. Et qu'il vient loin après le sentiment que j'éprouve. » Certains esprits chagrins verront dans cette déclaration le moyen de faire de la publicité pour Le Comédien dont les débuts furent difficiles… Qu'importe ! Ces effusions confinant parfois à la fatuité étaient pour les Guitry un moyen ordinaire de se dire je t'aime. Comment l'exprimer autrement quand le plus grand des comédiens s'adressait au plus célèbre des auteurs de théâtre ? Parfois Sacha Guitry semblait contraint par la présence de Lucien - le père se dérobait devant l'illustre comédien – presque vacillant devant cette matière vive qui attendait d'être façonné par lui comme elle l'avait été par le rire de Molière, la grandeur de Rostand ou l'humanité de France. Alors il essaya de s'éloigner de ce théâtre dont l’apparente légèreté dénonçait en creux les cruautés inhérentes à toute passion, tentant une approche plus psychologique de ses personnages, à l'instar de Porto-Riche, mais le public rechigna à le suivre Le grand-Duc et Jacqueline d'après une nouvelle d'Henri Duvernois montées en 1921 et 1922 feront un flop vite rattrapé par Un Sujet de roman 1922. Cette pièce était censée réunir une fois encore Lucien Guitry et Sarah Bernhardt mais le soir de la générale, le 18 décembre, l’inoubliable comédienne fut prise d'un grave malaise ; elle ne jouera jamais la pièce et sera remplacée par Henriette Rodgers. Elle disparaîtra le 26 mars 1923 emportant avec ellela ferveur de quasiment tout un peuple éploré Personnage fabuleux, légendaire, incomparable actrice, absolument géniale... » 14 Un sujet de roman Lucien Guitry in Programme original Collections voir le programme original Encore quelques rôles taillés sur mesure par Sacha dans Le Lion et la Poule 1923 ou On ne joue pas pour s'amuser 1925 – il s'amusera cependant à imiter le tragédien Mounet-Sully – puis la mort étreindra le comédien le 1er juin 1925 après qu'il ait murmuré un dernier conseil à son fils Fais Mozart » 15. Au nom du père, Sacha s'exécutera, au nom du fils, ce fut un succès ! Yvonne Printemps dans Mozart Musique de Reynaldo Hahn L'année suivant la mort de Lucien, Sacha s’installera dans son hôtel particulier parisien situé avenue Elisée-Reclus – il expirera comme lui dans cet hôtel le 24 juillet 1957 – entouré de nombreux portraits de Lucien dont le merveilleux pastel de Vuillard le croquant, souverain, devant un rideau rouge. Si Sacha a souvent parlé du talent de son père et de son esprit, il était plus retenu lorsqu'il s'agissait d'évoquer le père ne livrant que quelques fragments signifiants de leur rapport fusionnel. Sacha Guitry ne sera jamais père, il sera éternellement le fils de Lucien ; nous pouvons augurer que sa main encourageante n'aura jamais quitté son épaule. Séverine Mabille 1 Lucien Guitry raconté par son fils, Sacha Guitry, Ed. Raoul Solar, 1953, 2 Je suis née un dimanche, un dimanche à midi » Pelléas et Mélisande, Acte III scène I 1892 Maurice Maeterlinck 3 Sacha Guitry, Raymond Castans, Ed. De Fallois, Paris, 1993, 4 Lucien Gutry raconté par son fils, 5 Ibid. 6 Antoine-Martial Louis Barizain dit Louis Monrose ou Monrose -fils du comédien comique Caude-louis-Séraphin dit Monrose - est un comédien né vers 1809 à Turin et mort le 7 juillet 1883 à Paris. Nommé Sociétaire de la Comédie Française en 1852 après dix-neuf années de service. 7 Administrateur de la Comédie Française de 1871 à 1885 8 Si j'ai bonne mémoire, Sacha Guitry, Plon, Paris, 1934 , 9 L'art du théâtre, Sarah Bernhardt, Ed. Sauret, Monaco, 1993, 10 Lucien Guitry raconté par son fils, 11 Sacha Guitry, 12 Le Théâtre et l'amour, Sacha Guitry 1885-1985, Henri Jadoux, Ed. Perrin, Paris, 1985, 13 Pierre-Jean Béranger 1780-1857 était un célèbre chansonnier. Chateaubriand écrivit à son sujet Sous le simple titre de chansonnier, un homme est devenu un des plus grands poètes que la France ait produits. » 14 Propos extraits de la version sonorisée en 1939 du film documentaire Ceux de chez nous tourné par Sacha Guitry en 1915 15 Mozart , livret de Sacha Guitry, musique de Reynaldo Hahn, créé le 1er décembre 1925 au théâtre Édouard VII
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Il a dessiné des publicités pour la mode, des tableaux, des couvertures pour plus de cent livres. Grand collectionneur, il conçoit aussi des décors et des meubles. Rencontre avec un artiste peu connu, aussi atypique que son ami Patrick Modiano. Affiche dessinée par Pierre Le-Tan 1998 Pierre Le-Tan ? Son nom ne vous dit sans doute rien, mais vous connaissez ses dessins. De fins traits noirs, des ombres hachurées, le tout rehaussé d'un peu d'aquarelle. Il a dessiné les couvertures de plus de cent livres en France et aux États-Unis. Illustré des publicités pour les Galeries Lafayette, Suez, Gucci, Lanvin et même la Jouvence de l’Abbé Soury. Il a aussi imaginé les drôles de décors de Quadrille, le film de Valérie Lemercier. À cela s'ajoutent des tableaux, des affiches de cinéma, deux livres conçus avec Patrick Modiano et une quinzaine d'ouvrages signés de son seul nom, texte et images. De vrais bijoux, étincelants de finesse et d'ironie. Le Musée national d'Art moderne de Madrid lui a consacré une grande rétrospective il y a deux ans. Mais rien de tel en France où Pierre Le-Tan reste dans l'ombre. Au point que, flairant la supercherie littéraire, certains ont cru qu'il s'agissait d'une invention de Modiano, comme Ajar avec Gary ! D'autres ont pensé avoir affaire à un vieillard. Comment imaginer qu'un homme de moins de 80 ans consacre son temps à tracer des portraits de Gide, Colette, du couturier Jacques Fath, de l'ex-empereur Bao-Daï et autres figures parfois bien oubliées ? La rumeur l'a aussi donné pour homosexuel, vu le nombre de jeunes marins, de gigolos et d'amateurs du sexe fort que l'on trouve au fil de ses dessins. Rien de tout cela, pourtant. Ce matin-là , quand on sonne à la porte de son appartement parisien, en face du Palais-Bourbon, c'est son dernier fils, Édouard, 3 ans, qui ouvre. Crayon en main. Le-Tan arrive dans la foulée, finissant de boutonner une chemise rayée rose, sur un pantalon de la même couleur. Il a 56 ans, les cheveux poivre et sel. Jeune père, jeune grand-père aussi. " J'ai changé de vie il y a quatre ans, déménagé, et je travaille moins ", nuance-t-il. Mais tout de même. Un ou deux livres en gestation. Des meubles peints et des décors à inventer pour quelques particuliers fortunés. Dans l'ancien pied-à -terre de Jean Cocteau au Palais-Royal, il a récemment habillé l'escalier d'un vaste trompe-l'oeil, avec de faux tableaux représentant les amis du poète Colette, le décorateur de théâtre Christian " Bébé " Bérard, Jean Desbordes... Des traits d'une élégante sécheresse, nimbée de nostalgie. " Notre époque d'ordinateurs et de téléphones portables est quelque chose qui m'est totalement étranger, dit-il. Avec l'âge, je suis de plus en plus mélancolique. Comment exprimer cela ? Tristesse... Regrets... Le temps qui passe... " Comme son ami Modiano, il laisse ses phrases en suspens. " On n'a pas forcément des pensées très... " Une enfance bourgeoise et artistique Comme Modiano aussi, Le-Tan scrute avec sa plume ou son stylo l'époque de la jeunesse de ses parents. À la recherche peut-être de secrets enfouis ou du paradis perdu. Son père, Le-Pho, peintre vietnamien, fils d'un vice-roi du Tonkin, vient en Europe en 1931 pour terminer ses études aux Beaux-Arts et visiter les musées. Il s'y installe définitivement en 1937 et épouse après la guerre la fille d'un officier français. Nés dans les années qui suivent, Pierre Le-Tan et son frère vivent une enfance bourgeoise et artistique rue de Vaugirard, à Paris. " J'étais un garçon un peu bizarre, qui préférait les musées et les antiquaires au foot, se souvient-il. Je regardais mon père peindre. En guise de jouets, il me donnait des cartes postales de tableaux ou d'estampes japonaises, ainsi que de vieux livres chinois ou japonais. C'est en regardant tout cela que j'ai appris à dessiner. J'ai été imbibé. Très tôt, j'ai su que, pour moi, c'était cela et pas autre chose le dessin, et les objets d'arts. " Le dessin, avant tout. À 17 ans, sur les conseils d'un ami de sa mère, américain, il envoie ses premières vignettes au New Yorker. Le prestigieux magazine de l'intelligentsia américaine en retient quelques-unes avant de publier deux couvertures de Le-Tan. " J'avais dix-neuf ans, j'habitais encore chez mes parents et je n'ai même pas pensé à toucher les chèques... " C'est le démarrage en fanfare d'une jolie carrière américaine. Tout en habitant Paris, il collabore régulièrement au New Yorker et prend pour agent Ted Riley, qui représente également Sempé et Steinberg. Il alimente ainsi en dessins les éditeurs, journaux et magazines d'outre-Atlantique, du New York Times à Vogue en passant par Fortune. Il publie aussi sur place plusieurs albums pour enfants et commence à créer des couvertures de livres pour les recueils d'anecdotes de son ami John Train, auteur notamment de Famous Financial Fiascos. De nombreuses suivront, pour Marcel Aymé, Mario Soldati, Harry Mathews, Peter Carey, Raymond Carver... et, bien sûr, Patrick Modiano. Couverture dessinée par Pierre Le-Tan Leur rencontre date de 1978. Une histoire étonnante. " J'ai découvert ses livres, il y avait des ambiances qui me touchaient", raconte Le-Tan. Et pour cause... Car quand il en parle à son père, celui-ci lui répond " Modiano ? Mais oui, j'ai très bien connu ses parents à Paris, pendant la guerre... Nous nous fréquentions. " Les familles s'étaient ensuite perdues de vue. Autant dire que lorsque Pierre Le-Tan prend contact avec le jeune écrivain, ils sont en terrain de connaissance. Dans Memory Lane, le premier livre qu'ils concoctent ensemble, ils mettent en scène une galerie de personnages mais aussi de lieux qui ont hanté leurs enfances. Le Corner Bar, boulevard Malesherbes. Une villa au cap d'Antibes. La façade lézardée d'un bottier de luxe... " Je sentais que tout cela allait disparaître et qu'il fallait le fixer ", explique Le-Tan. Un bon résumé de son travail, qui rappelle souvent celui de Sempé. Nostalgique, il sait aussi se Un sac Le-Tan montrer féroce. Un exemple ? Les Lettres de Marik Loisy Aubier. Un pastiche qui réunit les écrits " les plus émouvants " d'un hypothétique grand homme " qui marqua profondément tant d'éminents esprits de sa génération ". C'est du moins ce qu'affirme la préface. Car les neuf courtes missives qui suivent se révèlent plus banales les unes que les autres. Comme celle-ci, adressée " à Monsieur et madame Congre " " Nous passons d'excellentes vacances à Bonneville. Le temps est malheureusement maussade. Le casino est fermé. Tant pis. Bien à vous, Marik. " En regard de la lettre, une assez sinistre vue de la promenade du bord de mer à Bonneville. Mélange de tendresse et de cruauté Tout Le-Tan est là , qui se penche sur ses personnages "comme un entomologiste qui examine les insectes, avec un mélange de tendresse et de cruauté ", confie-t-il. L'insignifiant Marik Loisy se retrouve ainsi épinglé comme un papillon pâlot. Plusieurs ouvrages de la même veine paraîtront. Paris de ma jeunesse, Épaves et débris sur la plage... Son chef-d'oeuvre Album, un magnifique scrapbook très coloré dans lequel Le-Tan réunit souvenirs de voyages, photos d'amis disparus, très jolis textes écrits à la main et, bien sûr, des centaines de dessins, le tout dans un savant désordre. On y croise Greta Garbo et Christian Lacroix, Marie-Laure de Noailles et Mick Jagger. On passe de Menton à Macao, avec un crochet par l'Angleterre, pour visiter l'ancienne maison du photographe Cecil Beaton, avec ses extravagants meubles "néo-rococo". Au détour d'une page, on tombe sur une " boîte à mégots " créée par Picasso, de surprenantes chaussures en forme de pieds signées Cardin ou encore une chaise percée trouvée à Versailles. Les objets, c'est l'autre passion de Pierre Le-Tan. Il a commencé à les collectionner à 7 ou 8 ans, sous les encouragements de son père. Le feu n'est toujours pas éteint. " Il est capable de disparaître plusieurs jours à la recherche d'un buste antique dont on lui a parlé ", témoigne Patrick Modiano dans un texte qu'il a consacré à son ami. Il y a dix ans, après avoir amassé plusieurs centaines d'oeuvres de Bérard, Le-Tan a cédé l'essentiel de sa collection néo-romantique et surréaliste chez Sotheby's, à Londres. " Les gens se remettaient à parler de cet artiste très oublié, et cela m'intéressait moins. Tout à coup, les choses deviennent vulgaires... Aujourd'hui, j'ai le catalogue de la vente, avec des notes très bien faites, cela me suffit. " Depuis, il s'est lancé dans d'autres quêtes, écumant les magasins d'antiquités et les enchères à la recherche de tableaux, statues et autres vestiges de l'art religieux du xvie siècle. Mais où caser ses nouvelles acquisitions, alors que l'appartement déborde déjà de beaux livres, de gravures, de terres cuites, de bustes en marbre ? L'entretien est fini, le carnet de notes rangé. Une dernière question, tout de même, sur le Vietnam, et voilà Le-Tan qui devient soudain volubile. " Non, je ne suis jamais allé dans ce pays. Je préfère rester sur un Vietnam un peu mythique. En revanche, je me sens très asiatique. J'habite à Paris, j'ai trois grands enfants juifs de nationalité britannique, un petit dernier à moitié africain ; mais être asiatique, pour moi, c'est un fait. J'ai un physique d'Asiatique. Je me comporte comme un Asiatique, avec cette façon d'être, cette réserve propre aux Asiatiques. Je suis aussi asiatique dans ma façon de dessiner des choses plutôt simples, avec des traits précis, minutieux, même quand il s'agit de représenter le flou. " Et derrière ses lunettes d'écaille rondes, comme dans l'Indochine des années trente, il plisse les yeux en souriant... Pierre Le-Tan, dessinateur asiatique ? Pourquoi pas. Il esquisse souvent des paysages très occidentaux, des avenues haussmaniennes désertes, les quais du port de Dublin, l'enseigne d'un bar de nuit qui brille au fond d'une rue sans nom, une cour d'immeuble, un garage en banlieue. Mais à chaque fois figure un petit personnage solitaire et fragile, comme un voyageur sous une ombrelle trouée. Ce promeneur mélancolique, c'est Cosnard
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